Quel avenir pour le Sport en France ?

 

Ces derniers jours ont connu beaucoup d’agitation au sujet de l’annonce de suppression de 1600 postes au sein du Ministère des Sports. Il est principalement question de ceux qui travaillent avec les Fédérations suivant les orientations du Ministère : les Cadres Techniques Nationaux.

 

De prime abord, on pourrait penser que ce changement peut être lié à des raisons économiques strictes, l’objectif étant d’optimiser la dépense publique.

Néanmoins, il est toujours nécessaire de prendre de la hauteur pour mesurer le réel impact de ce type de décision.

 

Une mise en perspective nécessaire

 

Budget du ministère des sports : 481 millions d’euros (521 millions en 2017)

Budget du Comité National de Développement du Sport (CNDS) : 133 millions d’euros (260 millions en 2017)

Budget total Sport 2018 : 614 millions d’euros (781 millions en 2017)

Budget des ministères : environ 250 milliards d’euros

 

L’investissement (car il s’agit bien d’investissement) sur le sport en France représente donc 0.25% du budget des ministères.

 

Il est assez inquiétant de constater que c’est une mesure d’économie à la marge de tout impact économique réel. Est ce que la France va si mal que ça ?

 

Autant dire qu’avec l’effet d’annonce des 1800 postes supprimés au sein de l’Éducation Nationale et ses 50,6 milliards d’euros de budget, le monde du Sport a de quoi être inquiet de la considération de l’État sur ce sujet. Cela représente quasiment le même nombre de suppression de postes pour un budget représentant 1,2% celui de l‘Éducation nationale.

 

Autre élément tangible, le déficit du budget 2018, prévu par l’article 28 du projet de loi de finances, est de plus de 85 milliards d’euros. Ainsi, même si on supprimait totalement le budget du Ministère des Sports, cela n’aurait quasiment aucune répercussion sur une quelconque notation ou baisse du déficit public.

 

La base chiffrée étant posée, on peut maintenant revenir sur des notions plus politiques.

 

Quel positionnement du Sport dans le paysage français ?

 

Le monde du Sport a trois ambitions majeures d’intérêt général et une ambition de “communication” :

  • participer à la dynamique de la vie en collectivité en organisant l’activité sur leur territoire,
  • accompagner les pratiquants dans une logique sportive (loisir ou de compétition),
  • participer au rayonnement international de la France et servir de moteur au niveau local.

 

Ces trois ambitions sont riches de sens.

 

En effet, la première vise à proposer de l’attractivité territoriale. Le tissu associatif, principal pourvoyeur du milieu sportif, est une source inestimable de “revenus indirects” via le bénévolat qui le fait majoritairement vivre. De plus, le parallèle est singulier avec la vitrine du haut niveau car la détection et les premiers accompagnements dans chaque discipline se fait par les associations sportives locales.

 

La deuxième vise à accompagner les citoyens à “réussir leur vie”. En effet, pour le commun des citoyens, la réussite sociale n’est pas la priorité. Il s’agit de l’équilibre de vie et la pratique sportive est un élément clé de cet équilibre (au même titre que d’autres activités extraprofessionnelles, souvent liées au monde associatif). Aussi bien pour les adultes que pour les jeunes, se réunir autour du Sport est un moment privilégié dans une journée ou une semaine.

De plus, le sport en tant que pratique régulière est aujourd’hui considéré comme “sport santé”. Cette notion devient essentielle car le Sport permet d’accompagner, dès le plus jeune âge, la prévention de l’obésité et d’autres maladies. Le sport intervient donc comme un acteur de santé publique. Dépenser plus aujourd’hui, c’est économiser pour demain.

 

Enfin, le haut niveau est une vitrine qui met en lumière le Sport et les valeurs qu’il véhicule. En revanche, il reste très à la marge du nombre de personnes total qui pratiquent une activité sportive (moins de 0,1%).

 

Quelle vision politique est proposée par le gouvernement ?

 

Le Sport représente donc un investissement pour une société qui tend à créer du lien social, à maintenir ses citoyens en bonne santé et pour renvoyer une image de performance à l’international.

Dans les arguments annoncés par le ministère, il est question de faire des progrès dans sa gouvernance et dans l’optimisation des modèles économiques. Il est évident que cela est nécessaire pour gagner en efficience. Néanmoins, le nerf de la guerre est bien l’emploi. Sans emploi, aucun organisme n’est capable de créer suffisamment de mouvement pour amorcer un changement. Le bénévolat peut pallier un certain nombre de choses mais dans une limite raisonnable que ce genre de mesure peut faire exploser.

 

La véritable question à se poser est de savoir quelle intention se cache derrière cette annonce. Si le gouvernement actuel considère que le Sport n’a pas sa place dans la société, qu’il le dise et l’assume clairement. En tout cas, l’annonce effectuée est en incohérence totale avec ce que le Sport est en mesure d’apporter aux générations futures ainsi qu’avec la volonté d’organiser les Jeux Olympique de Paris en 2024 et d’y performer.

 

On rappelle un chiffre, 0,25% du budget …

 

3 pensées sur “Quel avenir pour le Sport en France ?

  • septembre 21, 2018 à 12:00
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    Ne crois tu pas qu’il faudrait faire le ménage dans les fédérations ?
    Qui est payé et pourquoi faire ?
    Quid du salaire des sportifs de haut niveau qui sont fonctionnaires ou assimilé genre douane gendarmerie…
    Sont-ils concernés ?
    Je pense que beaucoup de cadres, dirigeants… des fédérations gagnent plus qu’eux !!! Non ?

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  • septembre 21, 2018 à 12:05
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    bonjour Florent, bonne argumentation. Cependant il convient d’aller un pas plus loin.
    Le but du gouvernement étant de supprimer le nombre de fonctionnaires, cela ne veut pas dire pour autant supprimer des emplois bruts. L’idée, selon ma reflexion est de basculer tous les postes de CTN et autres emplois directement et à charges des fédérations actuellement bénéficiaires des ces cadres techniques. En clair le gouvernement bascule les emplois et leurs coûts aux fédérations, à elles de trouver les fonds pour payer leurs nouveaux salariés. C’est un tour de passe passe, et le gouvernement dira l’Etat se réforme !
    bonne journée et à bientôt

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  • septembre 21, 2018 à 7:07
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    J’opte pour une position totalement radicale : rien pour le sport professionnel, tout pour le sport amateur. Le rôle de l’Etat est de favoriser la pratique du sport populaire qui contribue à l’amélioration globale de la santé publique ainsi que du lien social comme il est justement précisé. A contrario le sport pro n’est devenu qu’un immense business qui pille les ressources de l’Etat et fait converger des sommes considérables dans quelques poches.
    Mes préconisations :
    Remboursement des frais d’inscription pour tous les participants aux épreuves sportives amateurs qui ont elles aussi tendance à devenir des actions à but purement commercial. Quand par ex on voit 70 euros pour le marathon de Paris, 200 euros pour le triathlon de Nice, 15 euros pour une course de 10 km, et tout à l’avenant pour le cyclisme et les autres sports, il importe de mettre fin à cette dérive. Tel est le rôle de l’Etat : favoriser la pratique populaire qui ne demande d’ailleurs que ça puisque le sport amateur se développe à la vitesse V. Aider les organisateurs à proposer aux athlètes amateurs des possibilites de participer dans un esprit convivial, citoyen et désintéressé, l’exact inverse du sport pro.

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